Réflexion à l’occasion des 5 ans de la Permaentreprise et de la publication du livre blanc co-construit avec Olivier Hamant
Il y a trois ans, je cherchais à retrouver ma place dans le numérique. Pas une crise existentielle bruyante, plutôt une dissonance discrète mais tenace : un secteur qui s’emballe, des promesses qui s’enchaînent, et l’impression désagréable de devoir choisir entre faire mon métier et rester fidèle à ce que je crois.
C’est en me formant à La Permaentreprise en mai 2023 que quelque chose s’est remis en place. Pas une révélation — une confirmation. Ce que je voulais construire avec Numibee était possible, à condition d’assumer une vision, un cadre, une cohérence. J’étais enfin alignée.
Deux chemins, une même intuition
En parallèle de cette formation, depuis plus de deux ans, je suis les travaux d’Olivier Hamant et sa façon de penser la robustesse du vivant. Une idée en particulier m’a marquée et continue de me travailler : la viabilité requiert la sous-optimalité.
Autrement dit, ce qui dure dans le vivant n’est jamais ce qui est optimisé. Un organisme parfaitement ajusté à son environnement immédiat devient extrêmement vulnérable dès que cet environnement change. La robustesse, à l’inverse, suppose de la redondance, de la lenteur par endroits, des marges, des « contre-performances » apparentes qui sont en réalité ce qui permet de tenir.
Cette idée résonne profondément avec ce que j’observe sur le terrain auprès des collectivités et des organisations que j’accompagne — et, je dois l’avouer, avec ce que je traverse aussi dans ma vie personnelle. J’ai eu la chance de revoir Olivier Hamant au Forum de la Coopération 2026 il y a quelques semaines, et cette intuition s’est encore renforcée.
Alors quand La Permaentreprise a fêté ses 5 ans la semaine dernière et annoncé un livre blanc co-construit entre Sylvain Breuzard, Olivier Hamant et de nombreux contributeurs de l’écosystème perma, j’étais ravie : deux chemins qui m’inspirent depuis des années se rejoignaient enfin.
5 ans de preuves concrètes
Ce qui me touche dans la Permaentreprise, c’est qu’il ne s’agit pas d’un concept théorique. C’est un modèle qui dit, depuis 5 ans, que les organisations peuvent prendre soin des humains, préserver la planète et créer de la valeur en se fixant des limites — sans dissocier ces trois exigences.
Pas l’un ou l’autre. Pas l’un après l’autre. Les trois ensemble, comme un cadre indissociable.
Et 5 ans plus tard, ce sont des preuves concrètes qui s’accumulent. Des dirigeantes et dirigeants qui ont traversé des crises sectorielles, économiques, humaines — et qui en sont sortis plus solides. Pas indemnes, mais solides. Parce qu’ils avaient construit autre chose qu’une machine à optimiser : ils avaient construit une organisation capable d’absorber l’imprévu.
Le livre blanc croise les deux approches — Permaentreprise et robustesse du vivant — autour de 8 « contre-performances » : des éléments que nous cherchons habituellement à éliminer dans nos organisations, et que le vivant, lui, cultive précisément pour tenir dans la durée. Lenteur, redondance, hétérogénéité, marges, dissonance… autant de qualités que nos cultures managériales traitent comme des coûts à supprimer, et qui sont en réalité des conditions de survie.
Ce que j’ai compris sur Numibee en le lisant
En lisant ce livre blanc, j’ai réalisé quelque chose qui m’a surprise : mon entreprise, Numibee, est robuste à son échelle. Pas parce qu’elle a été conçue pour l’être. Plutôt parce qu’elle n’a jamais cherché à être optimisée.
Numibee s’est construite par hasard et par conviction, pas sur un plan stratégique. Elle intervient dans des contextes très différents — collectivités, SCIC, TPE, écosystèmes coopératifs — et au service de plusieurs acteurs, ce qui la préserve naturellement des fluctuations d’un seul secteur. Cette diversité, qu’un consultant en stratégie qualifierait probablement de « manque de focus », est en réalité ce qui lui permet de tenir.
Elle prend le temps là où d’autres accélèrent. Je refuse régulièrement des missions qui demandent d’aller vite sans qu’on ait pris le temps de clarifier l’intention. Ce n’est pas du confort : c’est ce qui rend le travail utile.
Elle assume ses contradictions sur les enjeux du numérique, plutôt que de les cacher. Travailler sur l’IA quand on porte un discours d’IA frugale et de sobriété, c’est tenir une tension inconfortable en permanence. Mais c’est aussi refuser le double discours.
Et elle se remet en question en permanence. Pas par manque de confiance — au contraire. Parce que c’est précisément ce qui permet de tenir dans la durée.
La performance, mot piégé
Tout cela m’amène à une question que je pose désormais systématiquement dans mes ateliers, et que je me pose à moi-même : qu’est-ce qu’on met derrière le mot performance ?
Parce que le mot est piégé. Il semble neutre, presque évident. Mais il porte en réalité tout un ensemble de présupposés — sur ce qui mérite d’être mesuré, sur la vitesse comme valeur, sur l’efficacité comme finalité. Et ces présupposés, hérités d’un monde stable qui n’existe plus, sont souvent ce qui rend nos organisations fragiles.
Accepter de questionner la performance, c’est parfois contre-intuitif, voire inconfortable. C’est admettre que ce qu’on a appris à valoriser pendant des années n’est peut-être pas ce qui va nous permettre de tenir demain. C’est faire le deuil d’une certaine maîtrise.
Et c’est exactement ce dont nos organisations ont besoin aujourd’hui.
Merci
Merci à toute l’équipe de la Permaentreprise pour ces 5 ans. Merci à Thomas Breuzard, Michèle Buinet Bonaly, Julien Gautier et Katia Rebowska d’avoir partagé ce moment d’anniversaire — c’était précieux. Un clin d’œil aussi à Antoine Jacquier et Clément Marche de Nuageo, dont l’application concrète de la robustesse à l’atelier du numérique responsable m’inspire régulièrement.
Le livre blanc est disponible — je le mets en lien ci-dessous. Sa lecture m’a confirmé une chose simple : pour être robuste, il faut accepter de ne pas être optimisé. Et c’est probablement la meilleure nouvelle pour qui veut construire quelque chose qui dure.
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Numibee accompagne les organisations dans la clarification de leurs intentions face aux transformations numériques — IA, sobriété, transitions. Si la robustesse plutôt que l’optimisation vous parle, échangeons.
Transparence : cet article a été rédigé avec le soutien d’une IA générative et d’Antidote, qui m’accompagnent dans ma dyslexie. Des outils qui me permettent de partager des idées que, sans eux, je garderais probablement pour moi. Une façon, aussi, de pratiquer ce que je transmets chez Numibee : un usage assumé et choisi de ces technologies. Les idées et l’expérience restent les miennes.
